« L’entrée de tes paroles illumine, et donne de l’intelligence aux simples ». (Psaume 119:130.)

Dans l’été de 1874, je me trouvai conduit avec un ami à B., où nous commençâmes à prêcher l’Évangile, visitant aussi journellement les âmes chez elles. Je fus amené, une après-midi, à entrer dans une petite maison située au centre de la ville. Une femme qui avait déjà dépassé l’âge moyen de la vie, m’introduisit dans une chambre où se trouvait assise dans un coin une jeune fille d’apparence chétive, et dont le visage était aussi pâle qu’un linge.

Après m’être entretenu avec la personne qui m’avait reçu et pour laquelle les paroles qu’il me fut donné de lui dire furent en bénédiction, je me tournai vers la jeune fille pour lui parler.

« C’est inutile, Monsieur », me dit madame B., « elle ne peut vous comprendre, elle a eu des convulsions depuis son enfance, et son intelligence est loin. »

Mais ayant déjà vu auparavant la puissance du Seigneur qui, dans un cas semblable, avait fait pénétrer sa parole dans le cœur d’un pauvre idiot, je répétai lentement à la jeune fille, en les lui faisant redire mot après mot, ces paroles : « Le sang de Jésus-Christ, son Fils, nous purifie de tout péché. »

Je revins plusieurs fois ; la mère, qui avait été amenée à se réjouir dans le Seigneur par la connaissance du salut parfait qui se trouve en Christ, s’intéressait d’autant plus à l’âme de son mari et de son enfant. Chaque fois je répétais à celle-ci le même verset, lui faisant redire les mots après moi, jusqu’à ce qu’un jour, je lui demandai : « Que fait le sang de Jésus, Fanny ? »

D’un ton ferme et avec un regard où brillait l’intelligence, elle répondit : « II me purifie de tout péché. »

« Je crois, » dis-je à la mère, « que la parole entre dans l’âme de votre fille, et que son esprit s’ouvre », et vraiment, il en était ainsi.

La mère fut frappée d’étonnement ; « c’est un miracle », disait-elle ; et, en effet, c’en était un, car toute vraie conversion est un miracle ; seulement, dans ce cas, ce qu’il y avait de plus, c’est qu’un remarquable degré d’intelligence avait été rendu à la jeune fille.

Mon ami s’intéressa aussi à elle, et, comme elle pouvait maintenant comprendre, il l’amena à voir que non seulement Christ était mort pour ses péchés et que le sang de Jésus l’avait purifiée, mais encore qu’elle était morte avec Christ dans sa mort, cette mort ayant été appliquée à sa nature. Elle sembla bien saisir aussi son acceptation « dans le Bien-Aimé », de sorte que, lorsque je la revis quelques mois plus tard, je fus surpris de voir combien de progrès elle avait fait dans la connaissance de Christ. Elle apprit aussi à attendre le retour du Seigneur, et à le désirer ardemment.

Je pense que ce fut l’année suivante qu’elle exprima le désir de prendre sa place à la table du Seigneur. Comme elle n’était pas en état de venir au local où se tenaient les réunions, quelques-uns d’entre nous vinrent chez sa mère et nous passâmes là ensemble quelques moments particulièrement bénis, la présence du Seigneur se faisant sentir d’une manière manifeste au milieu de nous.

Lorsque la coupe lui fut passée, Fanny se leva tout d’un coup et dit d’une voix distincte et avec un accent solennel : « Je prends cette coupe en souvenir de la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. » Tous pleuraient ; nul de ceux qui étaient là présents n’oubliera ce jour.

Elle s’affaiblissait graduellement et ses accès devenaient plus fréquents. Sa mère lui disait : « Fanny, combien Dieu a été bon de te soutenir encore dans cette crise », et elle répondait : « Ma mère, attendez le Seigneur ; oui, je vous le dis, attendez le Seigneur. »

Si les étrangers entraient et lui demandaient : « Comment allez-vous, Fanny ? » --- « Bien », répondait-elle ; mais quand ils s’en allaient, elle disait : « Je voudrais qu’ils fussent aussi heureux que je le suis maintenant, attendant le moment où le Seigneur viendra me chercher pour être toujours avec Lui. »

Elle disait à sa mère : « Maman, si j’arrive la première à la maison, quel bonheur de te voir quand tu y viendras aussi ; mais il nous faut attendre le moment du Seigneur. »

Elle mourut dans une de ses crises ; elle ne pouvait parler, mais elle prit la main de sa mère, regarda vers le ciel et sourit ; c’est ainsi que s’endormit, en pleine sécurité dans les bras de Jésus, Fanny, pauvre d’intelligence aux yeux de la chair, riche en Dieu par un miracle de sa grâce exercée envers son âme et son corps. Ainsi Dieu se sert des choses folles de ce monde pour confondre les sages, et des choses faibles pour confondre les fortes, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. (Voyez 1 Corinthiens 1:27-29.)

Veuille le Seigneur se servir de ce simple récit pour sa gloire. « Le témoignage de l’Éternel est assuré, donnant la sagesse an simple. »

A.-P. C.

Le Salut de Dieu, 1879, p. 94

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