« Je le tiens ! »

J. H., fils d’un paysan, avait été élevé par négligence dans l’ignorance la plus complète. À l’âge de vingt-cinq ans sa santé commença à s’altérer ; et peu à peu ses forces s’affaissèrent de manière à ne laisser aucun doute qu’il fût atteint d’une maladie mortelle. Toutefois parlait-il de la mort avec un sang-froid étonnant ; non pas qu’il possédât l’espérance d’un chrétien, mais, dans son ignorance, il s’imaginait qu’il n’avait jamais péché assez gravement pour avoir mérité d’être puni, ou pour avoir risqué le salut de son âme. Hélas ! il ne savait pas qu’il était l’enfant criminel d’une race ruinée. Il ne savait pas que toute sa vie n’avait été qu’un acte continu do révolte contre Dieu. Il ignorait que, bien que moral au dehors, et n’ayant pas commis de péché scandaleux, il refusait toutefois les offres de la miséricorde de Dieu, et qu’il était aveugle quant à cet amour divin qui a fourni un salut si parfait et si gratuit. La méchanceté du cœur humain lui fut expliquée maintes fois ; les réclamations de la loi de Dieu lui furent démontrées, ainsi que la condamnation qui en résulte ; on lui parla de la doctrine du salut de l’Évangile ; mais jusqu’ici aucun rayon de lumière n’avait atteint sa conscience ; le seul indice qu’il commençât à être sensible au danger éternel qu’il courait, fut ceci : « qu’il s’efforçait de faire tout son possible pour mériter la faveur de Dieu, et qu’il priait Jésus de lui pardonner ses péchés. » II ne pouvait rien voir au-delà.

Mais le temps s’écoulait. Ses forces diminuaient de jour en jour, et il fut évident qu’il tirait vers sa fin. Selon toute apparence son avenir était plein de tristesse et de désespoir ; « mais Dieu est riche en miséricorde, » et il allait bientôt révéler à cette âme si ténébreuse son amour merveilleux en Jésus-Christ, et la « faire passer des ténèbres à la lumière, et de la puissance de Satan à Dieu » (Actes XXVI, 18), en « l’éclairant par la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Jésus-Christ. » (2 Cor. IV, 6.)

Le voilà donc gisant sur son lit de mort, et n’ayant pas « la paix avec Dieu. » (Rom. V, 1.) Lecteur, songez-y, et demandez-vous ce que vous ressentiriez en pareille circonstance ?

« Une dette n’est-elle pas pardonnée une fois qu’elle est payée ? » lui demandai-je.

« Si, » répliqua-t-il, « il n’y a rien de plus sûr ; --- mais comment voulez-vous que l’on paye sa dette envers Dieu ? »

« Certes, » dis-je, « il a bien fallu pour cela un sacrifice exempt de péché ; vous admettez que, par vous-même, vous êtes incapable de payer la dette que vous devez à Dieu, mais puisque le Fils de Dieu l’a prise sur lui, qu’avez-vous à faire ? Dieu vous offre un pardon gratuit en disant : "Par lui [Jésus] la rémission des péchés vous est annoncée" (Actes XIII, 38) ; et il peut bien justement faire cette déclaration par la seule raison que Jésus-Christ, ayant pris la place du pécheur, est mort comme étant le remplaçant du pécheur. Jésus a payé l’amende due pour le péché ; qu’est-ce donc, maintenant, que Dieu demande de vous ? »

« Voilà ce que je ne saurais dire,  » fit-il d’une voix lente et triste.

« Réfléchissez-y donc tout de bon, » repris-je ; « si vous aviez une dette et que je vous envoie dire que je l’ai payée pour vous, que souhaiterais-je que vous fissiez ? »

Cette fois-ci la réponse vint sans hésiter : « Que je crusse que vous l’avez payée pour moi. »

« À la bonne heure ! et puisque vous, pécheur que vous êtes, devez une somme énorme à Dieu, et que Dieu vous annonce un pardon gratuit dans les paroles que je viens de citer, que veut-il que vous fassiez ? »

Le rayon d’intelligence qui brilla dans ses yeux à ces mots, proclama que la lumière avait pénétré l’obscurité de cette âme, et il répondit avec empressement : « II veut que je croie que Jésus-Christ a payé ma dette. Oh ! qu’elle est bonne, cette nouvelle ! je n’ai jamais vu si clair dans la chose ! »

« Ah ! » dis-je, « voilà l’Évangile dont on vous a souvent parlé, mais qu’à la vérité, vous venez d’entendre pour la première fois. Voici la bonne nouvelle de la part de Dieu pour des pécheurs qui n’avaient autre chose à attendre que l’exécution de la sentence de mort ; car, "par lui [Jésus-Christ] tous ceux qui croient sont justifiés de toutes choses." (Actes XIII, 39.) » Et à mesure que je lui lisais, dans ma Bible, passage après passage, ce qui concerne la justification immédiate et complète du pécheur qui accepte la miséricorde offerte, sa figure, jusqu’ici si inquiète, s’animait d’un sourire radieux, et il répéta d’une voix faible et saccadée : « Oh ! qu’elle est bonne, cette nouvelle ; de ma vie je n’ai si bien saisi la chose ! »

Lorsque, quelques jours après cet entretien, on lui demanda de quoi son esprit était occupé, il dit : « Je prie Dieu de m’en montrer davantage. »

« Mais quant à ce pardon, --- le lui demandez-vous encore ? »

« Oh ! non, Monsieur, » répliqua-t-il vivement ; « je le tiens ! »

C’est ainsi que, se reposant sur l’œuvre accomplie du Seigneur Jésus, il expira paisiblement : et son esprit s’en est allé auprès de Jésus ; car Dieu a dit : « Quiconque croit en lui ne périt point, mais il a la vie éternelle. »

Permettez-moi, cher lecteur, de vous demander : Le possédez-vous, le tenez-vous ce pardon ? Ce que nous venons de raconter vous paraît-il étrange ? Dieu n’est-il pas en droit de vous adresser ces paroles : « J’ai étendu ma main, et il n’y a eu personne qui y prît garde ? » (Prov. I, 24.) --- « Comment échapperons-nous, si nous négligeons un si grand salut ? » (Hébreux II, 3.)

Le Salut de Dieu, 1873-4, p. 116

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