« II n’y a point de salut en aucun autre ; car aussi il n’y a point d’autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés. » (Actes 4:12.) « Moi, je t’ai glorifié sur la terre ; j’ai achevé l’œuvre que tu m’avais donnée à faire. » (Jean 17:4.)

Lorsqu’une âme est réveillée de son état d’insouciance et se voit coupable devant Dieu, son premier sentiment est celui de la crainte ; elle s’efforce d’échapper aux conséquences du péché et d’apaiser un Dieu justement irrité, par un changement de conduite et des mortifications extérieures. — Lecteur, si tel est votre état d’âme, si vous cherchez à fuir la colère à venir, lisez ce récit et vous verrez comment une âme angoissée comme la vôtre a trouvé le chemin du salut.

Dans une ville du nord de l’Allemagne vivait, il y a quelques années, un jeune homme élevé dans la religion catholique romaine. Il ne croyait cependant ni en cette religion, ni en aucune autre, vivant dans l’incrédulité la plus complète, éloigné de toute pensée de Dieu, et surpassant en dépravation les plus endurcis d’entre ses compagnons de vice. Et pourtant (oh ! que merveilleuses sont les voies de Dieu !), comme David transperça Goliath avec la propre épée du géant, ainsi Dieu se servit de l’excès même de la perversité de ce jeune homme pour transpercer son âme d’une terreur soudaine. Repris dans sa conscience, se voyant tout à coup dans son vrai jour, une angoisse poignante s’empara de lui. Il eut horreur de lui-même et se dit : — « II n’y a pas au monde de pécheur plus coupable que moi ! S’il est vrai que les méchants iront en enfer, et que le ciel n’est réservé qu’aux bons, mon sort n’est pas douteux ; l’enfer m’attend, car si jamais homme a mérité la perdition éternelle, c’est bien moi. » Dès lors plus de repos ; cette pensée terrible le poursuit et le torture nuit et jour. Comment s’en distraire ? — En se replongeant plus profondément dans sa vie de péché. Mais le vice a perdu tout attrait. Oh ! si seulement il pouvait espérer qu’il y eût possibilité de salut.

Il se rappelle alors ce qu’on lui a raconté au sujet de pénitences, de prières, de couvents où, dit-on, des moines trouvent moyen d’expier leurs péchés par des œuvres méritoires et des mortifications excessives. Cette pensée lui rend quelque courage ; il sent que nul labeur, nulle macération ne lui coûteront, s’il peut obtenir par là au moins une vague espérance de pardon, et il se décide à se faire moine. Mais il demande, avant tout, où se trouve le couvent dont la règle est la plus sévère et les pénitences les plus dures ; ce couvent se trouvât-il à l’extrémité de la terre, il ira et y passera le reste de sa vie dans la pénitence et la prière. Il apprend enfin que l’objet de ses recherches est un monastère de la Trappe, à. environ quinze cents milles de sa demeure. Trop pauvre pour subvenir aux dépenses que nécessite ce voyage, il se résout à le faire à pied et à mendier sa subsistance en chemin. Cela déjà lui semble être un commencement de pénitence et un pas de gagné sur le chemin du ciel. Le voyage fut long et pénible, sous un soleil brûlant, à travers des pays inconnus. Exténué, il parvient enfin en vue de l’antique monastère où il espère trouver le repos de son âme. Quant à son corps, il ne s’en embarrasse guère. Le voilà pourtant arrivé ; il sonne ; la porte lui est ouverte par un vieux moine, si faible et si infirme qu’il semble hors d’état de marcher.

— Que désirez-vous ? demande le vieillard.

— Être sauvé, répond le voyageur. La crainte de l’enfer m’a poussé jusqu’ici pour y chercher le salut de mon âme.

Le vieux moine l’invite à entrer, et, le conduisant dans sa cellule :

— Maintenant, dit-il, expliquez-moi vos paroles ?

— Eh bien ! voici ce qui m’amène : Vous voyez devant vous un pécheur perdu. Ma vie a été si indigne que je n’oserais vous la raconter. Il me paraît impossible qu’un misérable tel que moi puisse jamais être pardonné ; et néanmoins me voici prêt à tout endurer et à tout tenter pour obtenir mon pardon. Si donc vous voulez me recevoir dans votre ordre, je me soumettrai, sans me plaindre, à toute pénitence que vous m’infligerez. Ne m’épargnez aucune souffrance ; dites-moi seulement ce que je dois faire pour être sauvé, et, quoi que ce puisse être, je le ferai.

Le vieux moine répondit :

— Vous dites que vous êtes prêt à faire tout ce que je vous dirai. Eh bien ! retournez tout droit chez vous, car tout ce dont vous me parlez a été expié avant que vous vinssiez, et il ne vous reste plus rien à faire. Un autre a déjà souffert à votre place. Tout est accompli.

— Tout est accompli, dites-vous ?

— Oui, tout. Ne savez-vous pas dans quel but le Sauveur est venu dans ce monde ? Il est venu pour endurer à notre place le châtiment que nos péchés nous ont attiré. Après être mort pour nos offenses, il est ressuscité pour notre justification, ayant achevé l’œuvre que le Père lui avait donnée à faire. Il ne pouvait pas se reposer avant de l’avoir achevée. Elle est accomplie ; et maintenant il est retourné auprès de son Père ; il s’est assis à sa droite, et il nous prépare des places, afin que là où il est, nous y soyons aussi ; et nous jouirons éternellement de sa gloire. Il ne vous reste donc rien à faire que de louer et remercier sans cesse notre Sauveur, et de vous réjouir dans la pensée que vous le rejoindrez et serez fait participant de sa gloire comme vous êtes actuellement l’objet de sa grâce. Et maintenant allez, retournez chez vous, débarrassé de toute crainte, et souvenez-vous que Christ a dit : « C’est accompli ! »

Le voyageur reprit son bâton et rebroussa chemin tout joyeux, le cœur débordant de reconnaissance.

Et vous, lecteur, qu’allez-vous faire ? Avez-vous accepté comme lui la quittance de votre dette, écrite avec le sang de Christ, ou bien vous efforcerez-vous encore de la payer avec de fausses pièces que Dieu ne saurait accepter ? Si vous voulez être sauvé, croyez seulement. Celui qui croit a la vie éternelle, et il est passé de la mort à la vie. Ce n’est point une espérance, c’est une certitude pour l’âme qui croit.

« Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi, et cela ne vient pas de vous ; c’est le don de Dieu, non pas sur le principe des œuvres, afin que personne ne se glorifie. » (Éph. 2:8, 9.)

« Ils lui dirent : Que ferons-nous pour faire les œuvres de Dieu ? » Jésus répondit, et leur dit : « C’est ici l’œuvre de Dieu, que vous croyiez en Celui qu’il a envoyé. » (Jean 6:28, 29.)

Le Salut de Dieu, 1873-4, p. 89

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