Me promenant un jour au bord de la mer, je me trouvai près d’un homme que j’avais déjà souvent vu occupé à creuser dans les rochers pour y chercher du jais. Quoique depuis plusieurs jours son travail eût été infructueux, il le poursuivait sans avoir l’air de se décourager, et regardait de temps en temps avec une sorte de pitié un groupe de femmes et d’enfants qui, non loin de là, recueillaient les morceaux de charbon de terre que de fréquents naufrages jettent sur ces côtes.

« Voyez comme ces malheureux travaillent, me dit-il. Ils font plus d’une lieue pour arriver ; et quand ils ont ramassé ce qui ne vaut pas dix sous, il faut encore qu’ils le portent en haut des falaises et ensuite jusque chez eux ! »

— « Mais ils l’ont pour rien, lui répondis-je, et c’est là ce qui les attire. »

— « C’est bien cela ! Que ne ferait-on pas, et quelle peine ne se donnerait-on pas pour avoir quelque chose pour rien ? Il y en a plus d’un qui irait bien loin pour cela, alors même qu’il s’agirait d’une chose dont on ne se soucierait plus, dès qu’on la posséderait. »

« Oui, telle est en effet la manière dont le monde agit, lui dis-je ; mais voici ce qui est étrange : il y a une chose que les hommes ne veulent point recevoir, même pour rien. »

— « Quelle chose donc ? »

— « Le salut que Dieu leur offre. C’est cependant le seul moyen de l’obtenir. On l’achète sans argent et sans aucun prix. »

« Bien, bien ! répliqua-t-il ; je connais tout cela d’un bout à l’autre, voyez-vous ; car je vais régulièrement au culte. Ma mère était chrétienne, comme on dit, et même mon fils qui est en Australie, vient de m’écrire qu’il s’est converti. Mais moi, je ne suis pas de leur trempe. »

— « Et pourquoi, lui dis-je ? Vous savez bien qu’il y a un ciel et un enfer, que Dieu a envoyé son Fils dans le monde mourir pour des pécheurs et qu’à cause de cela, II leur donne librement et gratuitement le salut. La perspicacité avec laquelle vous savez discerner l’empressement des gens à rechercher ce qui ne coûte rien, s’élèvera en jugement contre vous au dernier jour. »

— « Le fait est que je me soucie pas de ces choses, répondit-il. Je n’en sens pas le besoin et je ne puis pas le sentir. J’ai toujours été ainsi. »

— « Vous n’êtes plus jeune ? »

— « J’ai soixante ans environ. Mais quel rapport cela a-t-il avec ce que vous me dites ? »

— « Écoutez ; durant ces soixante ans, vous êtes-vous jamais mis, pendant un seul quart d’heure, à genoux devant Dieu pour le supplier de vous tirer de cet état d’indifférence et de mort, et de vous donner le désir de posséder la vie ? »

Pendant quelques instants il resta silencieux, puis il dit : « Non ; jamais dans ma vie je n’ai prié Dieu de sauver mon âme. »

Et il continua, tout en tirant de sa pipe des bouffées de fumée, de parler et d’argumenter pour excuser son indifférence.

Je le quittai, le cœur rempli de tristesse à la pensée de l’insouciance et de l’engourdissement mortels dans lesquels périssent tant de milliers qui, comme cet homme, portent le nom de chrétiens.

Laissez-moi vous adresser aussi un mot, mon cher lecteur, qui peut-être jusqu’à présent êtes resté sans inquiétude quant à ce qui concerne votre âme.

Croyez-vous qu’il vaille la peine de recevoir de la part de Dieu le salut qu’il vous offre « sans argent et sans aucun prix ? » Ce don précieux que sa grâce vous présente, c’est la vie éternelle et cette vie est dans son Fils. Seriez-vous assez insensé pour ne point vous en soucier ?

Tôt ou tard, que vous y pensiez ou non, il faut que vous ayez personnellement affaire avec le Dieu vivant. Vous ne pouvez éviter sa rencontre. Maintenant c’est dans sa grâce qu’il vient à vous, pécheur ; plus tard ce sera en jugement. Vous préoccupez-vous de ce moment solennel ?

Peut-être admettez-vous d’une manière générale que Christ est mort pour sauver les pécheurs, mais le croyez-vous pour vous-même ? Vous présentez-vous devant Dieu comme un pêcheur perdu pour recevoir gratuitement de Lui, le salut et la vie ? Ou bien, comme l’homme dont je viens de vous entretenir, n’avez-vous nul sentiment de votre état et du danger que vous courez ?

Réfléchissez à cette parole solennelle : « C’est ici le jugement, que la lumière est venue au monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière : car leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean 3:19).

C’est votre négligence obstinée, c’est votre indifférence persistante à l’égard de Christ, le don de Dieu, qui sera cause de votre ruine éternelle.

Secouez donc maintenant votre assoupissement, occupez-vous du salut de votre âme, de peur que ce ne soit dans l’enfer même qu’ait lieu votre réveil.

La porte de la vie s’ouvre toute grande devant vous. Dieu, dans son amour, vous appelle, vous invite, vous presse d’y entrer, en vous montrant le pardon et la paix dans la croix de Jésus. Oh ! prenez garde que vos pas insouciants ne vous conduisent loin de cette porte jusque dans l’étang, de feu où nul ne dira : « Je ne m’en soucie pas. »


Pécheur insouciant ! le temps fuit, l’heure avance
Et bientôt il faudra paraître devant Dieu.
Tu vas le rencontrer ! Peux-tu fuir sa présence ?
Où te cacher ? Sa main t’atteindrait en tout lieu.
Oh ! sors de ta torpeur ! Vois, sa grâce t’appelle.
Pourquoi veux-tu périr ? Il t’offre le salut.
Son amour te fait don de la vie éternelle :
Saisis-la ; puis joyeux, marche droit vers le but.

Le Salut de Dieu, 1876, p. 130

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